Récemment, j’ai vu passer une vidéo sur les réseaux où un animateur s’indignait que les personnes qui font de la communication animale ne s’intéressent pas davantage aux animaux en captivité.
Voici l’extrait :
Et il a raison sur un point : on voit assez peu de personnes qui ont fait des communications avec les victimes du divertissement humain.
Selon Marc Leval, l’animateur de l’émission Les Rencontres, sur abc Talk TV, « c’est une volonté personnelle, c’est votre choix » d’aller, ou pas, interroger les animaux en captivité.
Et l’invitée, une praticienne en communication animale, de répondre : « Je ne vais pas aller me mêler de quelque chose qu’on ne m’a pas demandé.»
Sa réponse peut paraître frustrante, voire choquante. Et pourtant je vais vous expliquer pourquoi elle a raison.
Avant de commencer, je tiens à préciser les choses suivantes :
- à l’heure où j’écris cet article, j’ai une jeune expérience de la communication animale (j’ai lancé mon activité il y a moins d’un an)
- je n’ai jamais communiqué avec des animaux en captivité
- cet article ne reflète que mon opinion personnelle.
Mais j’ai quand même une opinion sur le sujet.
L’état émotionnel des animaux en captivité

Pour commencer, on n’a pas besoin de communication animale pour savoir que les animaux en captivité vont très mal.
En dehors des ravages de la captivité sur leur état physique (carences, maladies infectueuses, déformations physiques etc.), on ne compte plus les cas d’animaux présentant des stéréotypies, des mutilations, des dépressions, ou des états apathiques.
Des études (comme celle menée par des scientifiques de l’Université Nationale d’Australie) démontrent l’impact glaçant de la captivité sur l’état émotionnel et le comportement de pensionnaires de zoos, cirques et parcs d’attraction.
Tout cela est étudié par des scientifiques et le débat pourrait simplement s’arrêter ici.Mais pour revenir à la question de Marc Leval : pourquoi, nous communicants, nous n’allons pas dans ces prisons pour renseigner le public sur leur état ?
De quoi parle un animal en séance ?

L’invitée de l’émission répond en expliquant qu’en communication animale, on n’intervient pas quand on ne nous l’a pas demandé. Et elle a raison.
Pourquoi ?
Parce que la communication animale, ce n’est pas juste l’animal qui parle de lui. C’est l’animal qui parle de lui et de ce qui l’influence. Pour les animaux qui vivent au contact d’humains, cela signifie que leur gardien (propriétaire, soigneur etc.) entre toujours dans l’équation de leur bien-être.
Et c’est là que ça coince.
En communication animale, comme dans toute pratique intuitive, on accède à l’intimité émotionnelle de l’animal et de son humain. Cette intimité émotionnelle peut être liée au passé de la personne, à ses mémoires, à ses bagages transgénérationnels voire karmiques, ou même à l’énergie qui circule dans ses relations et son lieu de vie.
Pour le dire simplement, on peut avoir accès à des traumas du passé, à des blocages du présent, à des sujets douloureux qui bloquent l’âme. De l’animal et de l’humain.
Or, ça ne se fait pas d’entrer dans l’intimité émotionnelle des gens sans leur autorisation. Dans ma charte éthique, j’ai nommé cela le consentement.
L’éthique en communication animale
C’est la base de ma pratique en communication animale et c’est la première chose qu’on m’a enseignée : l’autorisation du gardien et de l’animal d’abord. Sans cela, on “raccroche” direct.
Tout au long d’une communication, je continue de demander si je suis autorisée à poursuivre l’échange. Par exemple, un animal peut m’autoriser à communiquer avec lui, mais quand je sens qu’il y a un blocage au niveau familial pour son gardien : je demande à nouveau si je suis autorisée à avoir accès à cette mémoire en particulier. Je m’assure toujours du consentement.
C’est essentiel pour respecter la vie privée des gens. Et c’est pour cela que, comme la plupart des praticien·nes, je n’interviens qu’à la demande des gardiens.
Donc sans l’autorisation des soigneurs de zoos, cirques et parcs d’attraction, il n’est pas possible, ni même éthique, de communiquer avec ces animaux. Oui c’est dommage. Oui c’est frustrant. Non, enfermer des animaux n’est pas éthique. Mais s’immiscer dans les émotions d’une personne ne l’est pas non plus.
La responsabilité de la communication avec les animaux en captivité

Si les gérants de ces parcs avaient vraiment l’intérêt du bien-être animal au premier plan, ils auraient fait appel à des communicateurs – ou simplement, ils auraient pris en compte les messages d’alerte d’anciens soigneurs ainsi que la littérature scientifique sur le sujet.
Le fait que rien ne change pour ces animaux, ou si peu, montre simplement la logique mercantile de ces lieux. Avant d’être des espaces d’éducation et de conservation, comme ils prétendent l’être, ce sont des espaces de divertissement.
Alors oui, c’est frustrant. Si on fait ce métier, c’est avant tout parce que la cause animale nous tient à coeur. Et ceux qui souffrent le plus de leurs conditions de vie (les animaux en captivité) n’ont jamais, ou si rarement, cette chance de pouvoir s’exprimer.
Ce n’est pas par manque d’envie que la plupart des communicateurs ne vont pas dans les cirques, les zoos et les parcs animaliers. Je pense que la plupart d’entre nous aimerait aider ces animaux-là. Mais on a une éthique. Et on respecte le vivant. Tout le vivant.
Pour conclure
La communication existe au service du vivant. Elle est là, elle se développe et gagne en respect. La balle est dans le camp de ceux qui vivent au contact des animaux pour utiliser cette ressource au service de leurs protégés.
Vous pouvez retrouver toute l’interview ici. L’échange sur ce sujet commence à partir de 30 minutes.
Et vous, que pensez-vous de ce débat ? Personnellement, je suis contente qu’il existe. C’est très sain de parler des limites de la communication animale car cela nous permet de mieux comprendre notre cadre d’intervention, ce que l’on peut faire et ce que l’on s’interdit parfois de faire.
La captivité des animaux est un sujet auquel je suis très sensible. Oui, j’aimerais pouvoir aussi communiquer avec ceux qu’on a enfermés pour notre plaisir humain. Justement pour aider leur cause. D’ailleurs, si vous connaissez des sanctuaires qui recueillent des animaux rescapés et qui aimeraient échanger sur ce sujet, je serai heureuse d’en entendre parler.
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