« Je pensais retrouver mon chien comme neuf. »C’est ce que m’a dit une amie, un jour, en voyant que la communication animale n’avait pas réglé les problèmes de son chien. Cette phrase m’a marquée. Parce que malgré l’envie profonde d’aider nos animaux, elle révèle une logique bien ancrée : celle de vouloir “réparer” nos compagnons à tout prix. Tels des objets cassés. Et si on arrêtait de considérer les animaux comme des machines à optimiser ?
Une croyance partagée… et compréhensible
Je ne jette la pierre à personne sur ce sujet, et d’ailleurs, je suis la première concernée. Vivre avec un animal qui rencontre des difficultés, notamment comportementales, est épuisant. Cela demande de mobiliser d’immenses ressources mentales, émotionnelles, financières et psychologiques. Pour certains, c’est un challenge de chaque jour.Et rares sont les professionnels de santé qui sont formés à accompagner les personnes qui vivent de telles situations.
Alors il est naturel – et même souhaitable – de chercher des solutions. Pour apaiser notre compagnon, pour l’aider à aller mieux. Et pour retrouver plus de sérénité dans nos activités et interactions avec lui.
Sauf que notre société a le mal de “la solution miracle”. Je ne compte plus le nombre de vidéos d’éducateurs canins que j’ai suivis et qui promettent un changement de comportement sur n’importe quelle problématique en quelques séances à peine.

Si vous regardez bien, c’est comme ça pour absolument tout dans notre société. On cherche la solution rapide, prête à l’emploi, avec des résultats immédiats garantis :
- les régimes “2 semaines pour ton Summer body”
- les tutos “5 étapes pour être zen”
- les conseils “bien-être” du type “1 minute pour lâcher-prise”
Malheureusement, la communication animale souffre encore trop de ce biais. Elle est souvent perçue comme la solution de dernier recours. Je sais de quoi je parle, car j’étais dans cet état d’esprit avant ma première séance avec Kiwi. Je me disais « si je lui dis avec des mots qu’elle peut entendre, alors elle va naturellement comprendre et changer. »
Pourtant, cette vision est limitante. Non seulement pour l’animal, mais aussi pour la relation humain-animal.
L’animal n’est pas un objet à réparer
En communiquant avec de nombreux animaux, je me suis rendue compte d’une chose capitale : ils ont tous une personnalité. Celle-ci est formée par leurs sensibilités, leurs émotions, leur caractère et leur histoire.
Toutes ces dimensions ont un rôle essentiel dans leurs comportements au quotidien. Non, les animaux ne sont pas des êtres plus simples que les humains. Pendant des centaines d’années, on s’est persuadé que l’animal n’était qu’une machine. Puis avec l’essor du behaviorisme, on a appris que l’animal répondait machinalement à des stimuli. C’est toute l’approche du conditionnement opérant, à la base de tout système d’éducation et de “dressage” des animaux. Je ne nie pas les effets du conditionnement opérant. Mais je trouve que réduire l’animal a une simple machine qui répond à des stimuli, c’est tout simplement nier la profondeur de son être.

C’est cette compréhension incomplète de l’animal qui nous pousse à vouloir trouver la solution parfaite qui réglera tout.Si un animal répond simplement à des stimuli, telle une machine, alors il existe une solution pour le changer. Comme une horloge mal réglée qu’on amènerait à réparer.
Quand je communique avec un animal qui présente des difficultés comportementales, je ne cherche jamais à le changer. J’ouvre un espace où il peut s’exprimer. Raconter son vécu, ses ressentis, ses souvenirs. C’est souvent là que se trouve la clef.
Forcer le changement ou écouter vraiment
On peut appliquer des dizaines de méthodes telles des pansements sur une plaie, si on ne va pas en profondeur du problème, on passera à côté de ce qui se joue vraiment pour l’animal.Et c’est là toute la beauté de la communication animale. Car elle donne l’opportunité à nos compagnons et amis de s’exprimer sur tous ces sujets.

En accompagnant différents duos, j’ai appris l’importance capitale de cette écoute. Les animaux ont un réel besoin qu’on les entendent. Et surtout, ils ont besoin qu’on prenne en compte leurs ressentis, leurs rythmes et qu’on leur laisse le temps d’évoluer.
Ces questions de ressentis, de rythme, et de temps, reviennent toujours en séance. Contrairement à nous, ils ne sont pas dans cette recherche de solution immédiate.Oui, ils ont envie d’aller mieux, de dépasser certains schémas comportementaux qui les fragilisent. Mais ils savent qu’ils auront besoin de temps. Et qu’il faudra respecter leur rythme.
Parce qu’après tout, changer, évoluer, transcender les difficultés et retrouver un apaisement, ça s’appelle la vie. Tout simplement. Et la vie n’est pas un bien de consommation.
Les accompagner plutôt que les réparer
Les animaux peuvent présenter des problèmes de comportements pour de multiples raisons. Leur environnement y joue pour beaucoup, tout comme leur caractère. Mais aussi leur passé.
On entend souvent que les animaux vivent dans le présent. Et c’est vrai, la plupart du temps. Pourtant, des actes du passé, souvent traumatisants, peuvent laisser une trace, parfois indélébile, en eux.
Et comme on ne va pas chez le psy en espérant que tous nos traumas et problèmes se règlent en une séance, on ne peut pas attendre d’une séance de communication animale qu’elle règle tous les problèmes ou traumas de nos animaux. Parce qu’il n’y a pas de problème à régler. Il y a des schémas, des traumas, à dépasser, à apaiser. Il s’agit plus de libération que de réparation.

On ne peut jamais faire comme si des souvenirs, des expériences, des émotions vives n’avaient jamais existé. Mais avec le temps, l’amour, et le bon accompagnement, on peut faire en sorte de vivre en paix avec eux.
Nos animaux n’ont pas envie qu’on les répare. Ils ont envie qu’on les comprenne, dans tout leur vécu. Ils ont envie qu’on les accepte, tels qu’ils sont. Et ils ont envie qu’on les accompagne, pour les soutenir sur leur propre chemin de libération. À leur rythme.
Co-construire, pas réparer
Voir la relation humain-animal sous cet angle, c’est non seulement libérateur pour l’animal, mais aussi pour vous, et votre duo.Ça ne veut pas dire qu’il faille abandonner les thérapies comportementales. Elles sont primordiales pour apprendre de nouvelles bases. Mais ça enlève une pression énorme et inutile sur les épaules. Et surtout, c’est votre relation avec votre animal qui en sortira gagnante. Parce que vous aurez appris à voir votre animal différemment. À reconnaître la profondeur de son être. À cheminer ensemble, côtes à côtes, plutôt qu’à vouloir le porter.

Vivre avec un animal, c’est accepter de vivre avec un être dans toute sa complexité.Je crois que notre responsabilité envers nos animaux se situe davantage à ce niveau. Plutôt que de vouloir les réparer, apprenons d’abord à les entendre, à les accepter, et à les respecter. Je suis convaincue que c’est là que se situe le début du changement.
C’est pour cette raison que je considère la communication animale comme un outil relationnel. Car ce n’est qu’en prenant le temps d’écouter l’autre qu’on accède à son monde. Et là, dans cet espace entre lui et nous, la relation peut se co-construire. La communication animale, ce n’est pas dire “tout est possible”. C’est plutôt dire “tout se construit ensemble”.

