Communication animale et chuchoteurs, quelle différence ?

Portrait d'une jeune femme brune dans une forêt

Lorsque j’ai annoncé à une amie que je faisais de la communication animale, elle m’a répondu : « Ah oui, je vois ce que c’est, ce sont comme les chuchoteurs ! » C’est justement pour mettre fin à cette confusion que j’ai demandé à Cécilia Aranda, comportementaliste et communicatrice, de nous expliquer la différence entre ceux qu’on appelle les chuchoteurs et les communicateurs.

Bonjour Cécilia, peux-tu te présenter ?

« Je suis Cécilia, comportementaliste et praticienne en communication animale. J’ai une longue histoire d’amour avec la nature et les animaux. Le bien-être animal est quelque chose qui m’anime et me tient à coeur depuis que je suis toute petite. »

Pourquoi as-tu choisi de devenir comportementaliste animalière ?

« J’ai commencé par être bénévole dans des refuges canins et félins. Puis je me suis spécialisée en recherche en familles d’accueil pour que les adoptions ne se fassent pas à la légère. Je voyais arriver des animaux traumatisés, malades, maltraités, abandonnés parce que trop vieux ou trop jeunes. J’ai d’ailleurs récupéré ma chienne dans ce refuge. Elle avait été abandonnée à 2,5 mois.

En voyant tout ça, je me suis rendue compte que certaines adoptions étaient impossibles car l’état psychologique des animaux était trop difficile. Je me suis alors demandée : comment je pourrais me spécialiser pour aider ces animaux à l’adoption ? C’est comme cela que j’ai fait une formation pour devenir comportementaliste animalière. Je suis formée pour aider les chiens, chats et chevaux mais j’ai une spécialité sur le canin car j’étais beaucoup en contact avec les chiens au refuge.

Je suis donc devenue éducatrice canin dans une école des chiens. On recevait les chiots de 3 mois jusqu’à 9 ans ou plus. En parallèle, j’étais toujours comportementaliste au refuge pour aider les animaux à devenir adoptables. »

Jeune femme brune accroupie dans une rue avec un chien assis.
Cécilia et sa chienne June

Dans mon expérience de comportementaliste, j’ai senti qu’i y avait des limites avec certains animaux. J’avais besoin d’aller plus loin.

Qu’est-ce qui t’a amené à la communication animale ?

« Dans mon expérience de comportementaliste, j’ai senti qu’il y avait des limites avec certains animaux, malgré mes connaissances et mon expérience. J’avais besoin d’aller plus loin. J’ai fait des recherches pour trouver une formation en communication animale la plus qualitative possible. Cette formation (l’ECAMT) complète parfaitement ce que j’avais acquis. Ça me permet d’aider au mieux les animaux qu’on me confie. »

On confond souvent les chuchoteurs avec les communicateurs animaliers. Peux-tu nous expliquer la différence entre les deux ?

« Le travail de comportementaliste s’appuie sur le langage corporel, l’environnement de l’animal, son passé, la façon dont il interagit avec son gardien. Puis on met en place des exercices pratiques d’éducation, ou de désensibilisation, selon la problématique spécifique du gardien. L’idée est de trouver un comportement adapté et une relation cohérente avec le gardien.

Le travail de praticienne en communication animale est plus intuitif et énergétique. On se connecte à l’animal par télépathie pour recevoir ses ressentis, ses émotions et ses messages. Ça nous permet de comprendre ce que l’animal vit intérieurement. Souvent, les messages concernent non seulement l’animal, mais aussi le gardien. »

À travers leur comportement, les animaux expriment ce que l’humain n’arrive pas toujours à exprimer.

« Les animaux sont des miroirs émotionnels : ils absorbent l’énergie de leurs gardiens, leur stress. À travers leur comportement, ils expriment ce que l’humain n’arrive pas toujours à exprimer. Ils le font dans le but d’avertir leur gardien sur ce qui se joue en lui. En aidant le gardien à aller mieux, l’animal aussi va mieux.

C’est comme cela que les deux approches se complètent. Ces deux disciplines recherchent à renforcer le
bien-être de l’animal et le lien avec le gardien. Les deux ne sont pas du tout incompatibles. Au contraire, elles sont complémentaires. »

Selon toi, pourquoi cette confusion ?

Man in a cowboy hat and leather jacket standing among horses on a ranch.

« De manière très personnelle, je pense que ça vient du film L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux car on a l’impression que l’acteur “parle” au cheval alors que le comportementaliste se base sur l’étude du comportement.

Les comportementalistes résolvent beaucoup de problèmes d’aspect psychologiques et comportementaux. Mais pour moi, le terme de chuchoteur n’est pas adapté au comportementalisme. Chuchoter suppose qu’il y a un réel échange. Et, selon moi, cela correspond mieux à ce qu’on fait en communication animale.

Les praticiens en communication animale sont toujours un peu comportementalistes, car on a des informations sur le comportement de l’animal. Mais on n’a pas les exercices pratiques, qui sont la spécialité des éducateurs. «

Comment allies-tu les deux disciplines dans ton métier ?

« Ça dépend de l’animal et de la problématique du gardien. Certains viennent me voir soit pour une communication seule, soit pour de l’éducation seule. Je commence par ce qu’on me demande.

Mais si je vois que ça n’est pas suffisant, je peux proposer la communication pour aller plus loin. Mais ce n’est jamais obligatoire. Si on a réussi à créer des changements suffisants pour l’animal, on en reste là.

Inversement, si on vient me voir pour une communication animale, le travail de comportementaliste intervient systématiquement en amont de la séance pour comprendre ce qu’il se passe dans la vie de l’animal. »

Jeune femme souriante allongée à côté d'un chien noir couché.
Cécilia et Junior

T’occupes-tu de tous les animaux dans un cas comme dans l’autre ?

« Je travaille surtout avec des chiens, chats, chevaux et cochons. J’aimerais tester avec les animaux sauvages. »

Le monde de l’éducation canine est-il ouvert à la communication animale ou y a-t-il des résistances ?

« Dans l’école d’éducation canine où je suis, j’ai essayé de lancer le sujet, mais ça a été reçu avec méfiance et incrédulité. On pense souvent que c’est du charlatanisme. Finalement, ça dépend des gens : pas tout le monde ne comprend. Il faut être prêt à essayer. Certains ont testé et ont été bluffé. Souvent, ce sont les plus réfractaires qui sont ensuite les plus étonnés. »

Pour moi, c’est la sensation d’être utile pour l’animal, mais aussi pour le gardien.

Y a-t-il une histoire, un cas en particulier, qui te tiens à coeur ?

« Il me vient deux histoires :

Un jour, une dame m’appelle pour son chat qui miaule tout le temps et la colle. Elle a l’impression qu’il déprime. Elle me contacte pour une communication animale. Au cours de la séance, le chat m’indique qu’il va très bien, mais que sa gardienne ne va pas bien du tout. Il montre qu’il n’arrête pas d’appeler au secours pour elle. Il voulait aider sa maitresse à aller mieux.

Il m’a montré ce dont elle avait souffert, plus jeune, et a conseillé qu’elle se fasse accompagner pour dépasser cet épisode douloureux car elle méritait d’être heureuse. C’est un cas qui m’a marqué car ce chat m’a confié quelque chose de très difficile et la dame a eu une grande émotion en entendant les messages du chat.

Elle était touchée de la bienveillance de son animal envers elle. Alors par loyauté et amour pour lui, elle a accepté d’aller voir un thérapeute. Aujourd’hui, elle va mieux. Pour moi, c’est la sensation d’avoir été utile pour l’animal mais aussi pour le gardien.

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J’ai une autre histoire qui me marque. On vient souvent me voir en rééducation pour des chiens qui aboient. Je fais le travail de comportementaliste habituel : j’observe les réactions du chien, ses habitudes, je propose des exercices. Et si ça ne suffit pas, je parle de la communication animale pour creuser le problème et essayer de comprendre ce que le chien veut dire à travers ses aboiements.

Un jour, un chien expliquait qu’il exprimait ce que son humain avait enfoui et qui le rongeait de l’intérieur. Le chien disait ce que son humain n’arrivait pas à exprimer. Cela a permis d’avoir des résultats durables car on a corrigé le comportement du chien mais la communication a aussi permis à l’humain de faire un travail sur lui-même.

Dans ces deux exemples, il y a ce déclic pour prendre soin de soi. Ce déclic, les gardiens ne l’auraient pas eu si les messages n’étaient pas venus de leur animal. »

Quel message aimerais-tu faire passer ?

« L’éducation écoute le comportement et la psychologie de l’animal. La communication écoute le coeur et l’âme. Les deux approches permettent d’agir au mieux, d’avoir une vision globale et d’ajuster les exercices pour les animaux et leurs humains. Dans cette complémentarité, on s’occupe à la fois du bien-être de l’animal mais aussi de celui de l’humain.

Ça remet les animaux à la place qu’ils devraient avoir : une place fondamentale et incroyable. Pour moi, ils sont là pour nous aider et c’est grâce à eux qu’on avance. »

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Merci Cécilia d’avoir partagé ton expérience dans ces deux disciplines et de nous avoir montré à quel point elles sont complémentaires.


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