Il y a des liens avec les animaux qui laissent une empreinte particulière. Celui entre Stéphane et Réglisse en est la preuve. Pendant 17 ans, cet ancien éleveur a tissé une relation unique avec sa vache… jusqu’à son dernier jour où il a pu recevoir ses messages grâce à la communication animale. Aujourd’hui reconverti en boulanger végétal, il évoque cette expérience de communication intuitive avec simplicité : « Plus ça se sait, plus ça sème des graines. »
Avec Valérie, sa compagne, ils ont accepté de partager leur expérience qui a transformé leur vie.

« Plus on aime nos animaux, meilleure est la viande »
Pendant 17 ans, Stéphane a partagé sa vie entre l’usine et la ferme. Avec Valérie, ils élevaient des vaches, des cochons, des lapins, des chèvres, des poules. « Notre but, c’était de vivre en autonomie grâce à nos propres produits, » explique-t-il.
Au coeur de leur démarche : vivre de leur ferme tout en offrant la meilleure vie possible à leurs animaux. Leur philosophie : « Plus on aime nos animaux, meilleure est la viande ». Une preuve du lien déjà fort qu’ils entretenaient avec leurs compagnons, bien au-delà du simple élevage.
« Réglisse, jamais je ne l’emmènerai à la boucherie. »
Puis Réglisse est entrée dans la vie de Stéphane. « Elle a été ma première vache, une vache d’Hérens, » précise-t-il. Une race connue pour ses luttes en alpage entre femelles. Un côté “spectacle” qu’il n’aimait pas.
Pourtant, Réglisse n’était pas destinée à la lutte. Née avec un soeur jumelle, elle était trop petite pour le combat. « Sa soeur était déjà partie à l’abattoir, raconte Stéphane. Et Réglisse aussi était prévue pour la boucherie. »
Il n’en fallait pas moins pour le convaincre. Il a adopté Réglisse sans hésitation. « Je me suis dit : jamais je ne l’emmènerai à la boucherie. »
Vache espiègle, éleveur taquin
C’est le début d’une amitié hors du commun. « J’ai grandi avec elle, raconte Stéphane. C’était vraiment un membre de la famille. On lui fêtait même son anniversaire. »
Réglisse, c’était toute une personnalité. « C’était la meneuse du groupe : avec le troupeau de vaches, les chèvres, explique-t-il. On l’appelait la reine. »
Et une reine espiègle : « Une année, lors d’un pique-nique à l’alpage, elle s’est servie elle-même : cervelas, cornichons, pain, fromage. Si quelque chose se passait, c’était la première dans le coup et elle entraînait tout le monde avec,» se remémore l’ancien éleveur avec joie.

Un côté espiègle qu’il reconnaît avoir aussi: « Moi aussi, j’ai ce caractère fort et cet esprit taquin. Souvent, on est attiré par un type d’animal. Pour moi, c’étaient les vaches d’Hérens : elles ont leur caractère même si elles sont très dociles. Je pouvais coucher Réglisse sur le dos et la gratouiller comme un chien. Elle était très affectueuse.»
En rejoignant la vie de Stéphane, Valérie a aussi fait les frais du petit caractère de Réglisse. « La première fois que je l’ai saluée, elle a donné un coup de hanche et j’ai volé à travers l’écurie, raconte-t-elle. Elle jouait sur ma peur des vaches, même si elle savait qu’elle pouvait compter sur moi. » Et Stéphane de renchérir en riant : « Elle faisait semblant de faire peur à Valérie en soufflant.»
« Quand on a dû se séparer d’eux, c’était très difficile »
Pendant des années, les deux agriculteurs ont élevé leurs animaux avec tout leur amour. « Même avec les poules, on arrive à créer du lien, souligne Valérie. Il y en avait une qui me sautait toujours sur l’épaule quand je leur donnais à manger. Le principal, c’est d’être correct avec eux, et ils nous le rendent bien. Je parle à mes poules, je leur dis bonjour, bonne nuit, merci pour les oeufs : il y a une vraie relation. »
« On avait aussi Papillon, une autre vache, continue-t-elle. Elle a eu un veau, Praline. Avec lui, j’ai eu une relation très forte. Il me suivait comme un petit chien. C’était juste un lien magique. Quand on a dû se séparer des deux, c’était très difficile. »
« Quand vous amenez vos animaux à la boucherie, c’est de la trahison »
Avec Réglisse, Stéphane a noué une relation unique, qui l’a amené à se questionner sur lui-même et son métier. « Réglisse et moi, c’est comme si on s’était trouvés. Rien n’arrive par hasard : elle a marqué le début d’un changement dans ma vie. Réglisse, c’est la première graine semée.»
Une première graine vers une prise de conscience profonde. « Plus j’avançais dans le temps, plus j’avais de la peine à amener mes animaux à la boucherie, » confie-t-il.
« Mes animaux avaient tous une histoire. Mais quand vous les amenez à la boucherie, à un moment, c’est de la trahison. »

« Par respect pour elle, je ne voulais pas qu’elle meure seule à l’écurie »
Les belles relations qu’ils tissaient avec chacun de leurs animaux ont amené Stéphane et Valérie à s’interroger sur leur avenir.Ils pensaient à devenir boulanger, un métier que le grand-père de Stéphane avait déjà exercé. Mais le quotidien d’éleveurs les rattrapait.
Jusqu’au jour où Réglisse est tombée malade. À 17 ans, elle a commencé à perdre du poids sans que les vétérinaires puissent l’expliquer.
Pour lui offrir une belle fin de vie, Stéphane l’a emmenée au parc.Là, elle serait entourée des autres vaches et profiterait de ses derniers jours. « Par respect pour elle, je ne voulais pas qu’elle meure seule à l’écurie, explique-t-il. Alors on lui a donné son petit manteau de cheval, et on l’a laissée là, d’avril au premier juin, le jour de son décès. »
« J’avais le coeur gros et envie de lui dire comment je me sentais »
Au matin du premier juin, Stéphane a reçu un appel : « On m’a dit que ma vache était en train de mourir au pré. Quand je suis arrivé, elle était seule au milieu du parc. Je l’ai tenue dans mes bras et j’ai commencé à me préparer à son départ.»
« Puis quelque chose d’incroyable s’est passé, continue-t-il. Toutes les vaches du pré sont venues et se sont mises autour d’elle pour lui dire au-revoir. C’était un moment très fort.»
« J’avais le coeur gros : j’avais envie de lui dire comment je me sentais.» En plein doute sur son avenir, Stéphane hésitait : reprendre une vache et continuer l’élevage pour ses veaux, ou tout arrêter.

« J’étais en connexion avec ma vache, c’était un moment magique. »
« J’avais besoin qu’elle m’accompagne et me guide sur mon futur. J’ai appelé une amie qui fait de la communication animale. Je me suis dit : qu’est-ce que j’ai à perdre ? J’ai sorti ce joker pour cette unique fois. J’ai eu les réponses à mes questions. J’étais en connexion avec ma vache, c’était un moment magique. »
« Avant cette expérience, je me disais que la communication animale, c’était des interprétations, pas forcément quelque chose de concret. Mais j’ai été très bluffé, reconnait-il. Cette séance m’a permis de me dire que j’ai fait quelque chose de juste. »
« Je savais déjà que je voulais changer de vie. Je ne voulais plus tuer mes animaux, acheter des vaches pour les faire porter. Mais c’était comme si j’attendais l’autorisation de Réglisse. Je lui ai dit que j’avais besoin qu’elle m’accompagne en retour. »
Et c’est ce qu’il s’est passé. Réglisse est partie pour l’autre monde dans les bras de celui qui l’avait sauvée et lui avait offert une vie digne d’une amie.

« Réglisse, c’est notre ange-gardien »
Suite aux messages de Réglisse, Stéphane et Valérie ont osé écouter leur intuition. Ils ont confié tous leurs animaux au sanctuaire Co&xister et ont créé Aux Pains Sans Peines, une boulangerie végétale sous forme de food-truck.
Pourtant, Réglisse n’a pas totalement disparu de leur vie. « Elle nous accompagne. Quand on a des coups durs, je sais qu’elle intervient pour nous aider. C’est notre ange gardien. »
« Mon laboratoire est mon lieu sacré »

Son amie cornée trône même en photo dans son laboratoire.« Quand je suis pile en face de sa photo, j’ai l’impression qu’elle me regarde, » confie Stéphane.
Une présence qui se ressent : « Dans mon laboratoire, on sent cette force, cette énergie, sa manière de nous porter, confesse-t-il. C’est devenu mon lieu sacré, mon lieu à moi. Je veux en préserver l’énergie et l’utiliser dans mes produits. »
Et les clients de Stéphane et Valérie le leur rendent bien. Dès que le food-truck se gare, il attire les curieux comme une lumière attire les papillons. « Je crois que tout ce que Réglisse et mon grand-père nous ont donné, on le dégage aujourd’hui. C’est précieux, et ça me porte. »
« J’espère que cette boulangerie me permettra de remettre les pendules à zéro, comme si je n’avais tué aucun animal. »
Depuis qu’ils ne sont plus éleveurs, Stéphane et Valérie tiennent à réparer le passé.Le format food-truck de leur boulangerie végétale leur permet de dégager un temps précieux.
« Aujourd’hui, je veux me donner du temps pour le passer avec les animaux du sanctuaire, conclut-il. J’espère que cette boulangerie me permettra de remettre les pendules à zéro, comme si je n’avais tué aucun animal.»
« On a eu un avant et un après, à tous les niveaux. »
Pour tous ceux qui rêvent de transformer leur vie, Stéphane a un conseil simple, mais précieux :« Il faut écouter son coeur. Rien n’est impossible. En tant qu’agriculteur, on n’est pas obligé de faire des heures de fou, d’être mal payé et mal considéré par la société. Avec Valérie, on est la preuve vivante que ça peut marcher. On peut changer, on peut se remettre en question. Si tu t’alignes à toi, ça fonctionne bien. »
Et concernant la communication animale, voici ce qu’il souhaite transmettre : « Il faut consommer la communication animale avec modération et à bon escient. Quand tu sens que c’est le moment, tu le fais, sinon, c’est pas utile. J’ai eu l’occasion de partager ce moment avec ma vache : c’était ce jour-là, cette situation là. Ça se fait au feeling. Moi, j’en suis plus que ravi. On a eu un avant et un après, à tous les niveaux. »
Merci à Stéphane et Valérie d’avoir partagé cette expérience qui montre à quel point nos compagnons peuvent nous transformer et nous guider, même après leur départ.
Vous pouvez suivre leurs aventures sur leur page Instagram et leur site internet.
Si vous souhaitez soutenir le sanctuaire Co&exister, rendez-vous sur leur page Instagram.
Et vous, avez-vous déjà ressenti une relation unique avec un animal ? N’hésitez pas à raconter votre expérience en commentaire !

